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Le FCFA : une monnaie aux tares multiples

Posté par: TOURE Mandela Ndiaye| Jeudi 29 septembre, 2016 20:09  | Consulté 643 fois  |  0 Réactions  |   

« Aucun pays africain ne peut être Emergent avec le franc CFA », clame haut et fort le professeur ivoirien Nicolas AGBOHOU dans son livre le FCFA et l’Euro contre l’Afrique. Cette sentence témoigne de l’importance prépondérante acquise par les tares du FCFA. Du coup le débat sur l’abandon ou le maintien, sur l’efficacité ou l’inefficacité du FCFA  ne cesse de constituer une pomme de discorde entre les orfèvres du monétarisme. Officiellement crée, le 26 décembre 1945, le Franc CFA (Franc de la Communauté Financière Africaine) est né dans un contexte caractérisé par la ratification des accords de bretons Wood. Cependant depuis sa création les tares du franc CFA liées profondément à sa subordination à l’euro sont tellement multiples à tel point que l’économiste Philippe Hugon (1999) dans son livre intitulé : La zone franc à l’heure de l’euro, s’interroge sur le statut de la zone franc : est-elle une zone monétaire ou une survivance néocoloniale ? Cette interrogation de Hugon trouve des explications convaincantes chez les farouches défenseurs de la souveraineté monétaire comme l’économiste et universitaire Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques (Un monsieur que je suis de près pour ses interventions pertinentes et ses prises de positions liées à la question de la souveraineté monétaire en Afrique). Face à cette question soulevée par Hugon, les propos de Mr Nubukpo sont retentissants et pleins de sens. Ecoutons le :  « J’ai tendance à penser que c’est un instrument de domination mais, je vais plus loin, un instrument de domination avec une soumission volontaire des Africains de la zone Franc qui sont censés gérer cette monnaie », plus loin il déclare avec amertume : « C’est ce que j’appelle, finalement au plan monétaire, la servitude monétaire des banquiers centraux d’Afrique zone franc ».Cependant, face cette situation,  il est devenu un impératif pour nos pays de sortir de ce pacte colonial qui nous lie avec la France. Pour y arriver la seule voie de sortie est de débloquer les réserves financières de la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale) déposées au trésor public français pour booster la croissance économique des pays membres de la zone CFA. Toutefois rappelons que le FCFA a une parité fixe avec l’euro et les pays membres de la zone ont ainsi l’obligation de déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du trésor public français. Ainsi de l’avis de Mr Maguèye Gueye, ancien cadre de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) plus de 16.000 milliards de FCFA des économies de l’Union Economique Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) dorment dans les comptes du Trésor public français. Un chiffre astronomique ! Au moment où toute cette manne financière est gelée au trésor public français, l’UEMOA parcoure le monde à la quête de financement pour booster ses investissements en Afrique. Quelle contradiction !  Mais aussi quel inattendu recul de ladite institution financière censée être le catalyseur des politiques de financement dans la sous-région.

Pis encore, depuis près de 76 ans les économies africaines croulent sous le poids de la dette et le FCFA continue de plomber allégrement leurs économies aux grands bénéfices de la France qui est censée être le « garant » de la zone FCFA en cas de secousse financière. Pourtant , la France en gagne beaucoup plus que les pays membres de la zone. Quelques exemples séduisant méritent d’être cités ici pour comprendre les conséquences à la fois pernicieuses et draconiennes des comptes d’opérations. Le professeur Agbohou, pose en toile de fond l’idée selon laquelle les devises africaines sont accaparées en grande partie par la France qui achète les matières premières africaines sans payer des devises. Ainsi dans ce cercle vicieux, le FCFA est perçu par beaucoup d’économistes comme un véritable catalyseur de la pauvreté en Afrique. A cela s’y ajoute son inconvertibilité qui empêche les africains d'échanger entre eux, et par conséquent freine le développement du commerce dans la sous régions. Le commerce infrarégional est inférieur à 15% des échanges contre 6O % au sein de la zone euro selon l’UEMOA.

En plus le Franc CFA est une monnaie étrangère à l’Afrique car il est imprimé en France. D’ailleurs c’est la France qui décide de la quantité imprimée pour chacun de ces pays. De ce fait avec la libre transférabilité, la France rapatrie tous ses dividendes produits par les compagnies françaises en Afrique. La fuite des capitaux qui en découle pille considérablement nos économies.

En analysant les performances macroéconomiques prescrites par le FMI (Fonds Monétaire International : (déficit budgétaires 3%, maitrise de l’inflation et stabilité macroéconomique) , les pays de la zone CFA sont moins lotis que les pays qui ont leurs propres monnaies (Maroc, Algérie etc. ).C’est dans ce contexte que le FMI considère ces pays comme des « mauvais élèves » car ils ne respectent pas les politiques publiques censées assurées leurs stabilités macroéconomiques. En outre avec la zone FCFA, nos économies sont extraverties car l’essentiel des pays qui la composent sont des exportateurs de matières premières et des importateurs de produits manufacturiers très couteux. Avec cette monnaie coloniale, les économies de la zone ne peuvent pas être compétitives, elles n’arrivent pas du tout à exporter leurs récoltes et leurs biens. Une idée largement reconnue par le professeur Nubukpo qui s’engouffre dans la même brèche et soutient avec véhémence « Qu’aucun pays africain ne pourra se dire compétitifs s'il ne contrôle pas sa monnaie ». Justement dans ce monde marqué par une guerre déloyale des monnaies, le contrôle de la monnaie est devenu une préoccupation majeure pour toute nation soucieuse d’avoir une souveraineté monétaire. Dans cet ordre d’idées, les exemples de la Chine et de la Suisse méritent d’être convoqués ici. Malgré sa croissance économique fulgurante, la Chine n’a jamais affiché une volonté d’internationaliser sa monnaie de peur de perdre son contrôle. Cet exemple peut être corroboré à celui du voisin de la France, la Suisse où le Franc suisse est devenu très sacrée, très contrôlé voire une institution

Sous un autre registre, la déclaration faite récemment par monsieur Michel Sapin, ministre français de l’économie et des finances en terre sénégalaise me laisse pantois. Je le cite : « Ne touchez surtout pas au franc CFA sinon vous serez frappés par le terrorisme ».  Je veux bien demander à monsieur Sapin : Depuis quand terrorisme rime avec  politique monétaire ? Quel est vraiment le lien causal qui existe entre le terrorisme et le FCFA ?

Nous disons non ! s’en est assez, nous réclamons une monnaie commune,, une monnaie qui sera exclusivement au service du développement en Afrique. Nous voulons notre indépendance monétaire car comme l’a si bien dit Mr NUBUKPO : « On ne peut pas en même temps revendiquer notre indépendance et attendre que ce soit l’ancien colonisateur qui nous donne l’autorisation d’agir ». Nous demandons à nos chefs d’Etat d’avoir le courage d’agir pour prendre le destin de l’Afrique en main car le développement économique rime forcement avec la souveraineté monétaire. Pourtant lors de la célébration du 55ème anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président Idriss Deby avait déjà tiré la sonnette d’alarme sous un ton austère « Il y a aujourd’hui le FCFA qui est garanti par le trésor français. Mais cette monnaie, elle est africaine. C’est notre monnaie à nous. Il faut maintenant que réellement dans les faits cette monnaie soit la nôtre pour que nous puissions, le moment venu, faire de cette monnaie une monnaie convertible et une monnaie qui permet à tous ces pays qui utilisent encore le FCFA de se développer ».Poursuivant toujours son discours il souligne l’argument selon lequel : « Les clauses économiques entre la France et l’Afrique sont dépassées ».Certes les propos du dictateur bienveillant sont à la fois louables et prometteurs mais aussi très réducteurs car nous demandons seulement l’abandon définitif du FCFA pour sortir l’Afrique du gouffre. En bas le FCFA et vivement une monnaie commune !Mandela, un citoyen désabusé
 L'auteur  TOURE Mandela Ndiaye
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TOURE Mandela Ndiaye
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