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Entre exclusion et procès : Non le maire Khalifa Sall ne sera pas l’agneau du partage !

Posté par: TOURE Mandela Ndiaye| Mardi 23 janvier, 2018 19:01  | Consulté 657 fois  |  0 Réactions  |   

 

Cela fait prèsque dix mois, que le maire de Dakar, Khalifa Sall, s’est enturbanné dans l’affaire de la fameuse « caisse d’avance », « caisse noire », « fonds politiques », dont l’usage rocambolesque et injustifié, s’inscrit aux antipodes d’une gouvernance sobre et vertueuse. Aujourd’hui, cette mystérieuse, incompréhensible et inexplicable « caisse d’avance », nous maintient en bourrique entre tournure démagogique et lecture controversée. Placé sous mandat de dépôt, depuis mars 2017, l’ex coqueluche de la ville de Dakar, croupit lamentablement dans la mythique prison de Reubeuss.Telle une secousse tellurique, qui, aurait fait tomber, le député - maire de Dakar, de l’échelon supérieur où la population sénégalaise en général et Dakaroise en particulier, l’avaient toujours hissé. En atteste sa récente défaite, lors des élections législatives de juillet 2017, dans l’inexpugnable ville de Dakar, son principal bastion électoral. Et nous revoila encore dans un marathon judiciaire en ce mercredi 23 janvier, jour de la réouverture de son procès. Une date historique et fatidique pour celui à qui on prédestinait un avenir politique prometteur et enchanteur. Cependant, en suivant les péripéties accablantes de son emprisonnement, Khalifa Sall, sera aux yeux des observateurs attentionnés et avisés : condamné. Une descente aux enfers qui sonnera peut-être ou pas son arrêt de mort ou sa renaissance politique. Que sais-je ? De ce point de vue, cette pensée de Léon Blum : « En politique, comme au cinéma, on meurt plusieurs fois et on se relève maintes fois. », dégouline de pertinence.

De plus, en analysant les extrais tirés de son dernier interrogatoire, il est très difficile de clamer, aujourd’hui, haut et fort, que Khalifa est blanc comme neige : d’autant plus que le principal concerné, n’a pas encore réussi à prouver lui-même son innocence. L’argument, brandit, par le maire, dans ses déclarations, répétées à satiété : « En ce qui concerne l’usage des fonds de la caisse d’avance, j’ai utilisé la même pratique que mes prédécesseurs à la Mairie ». Erreur ! Et j’emprunte cette déclaration à Léon Blum, pour l’adresser directement à Khalifa Sall : « En politique, les vertus ne sont pas toujours récompensées mais les erreurs se payent ». Oui, et il risque de payer cher car son imprudence devant la caisse et ses erreurs de communication, l’écrabouillent davantage. Dans cet ordre d’idées, Khalifa serait bientôt « l’agneau du partage », autrement dit, il se dirige incontestablement vers un « Tongue Tongue national ». Dommage ! Et par voie de conséquence, il sera doublement partagé, entre le dénouement malheureux qui naitrait de ce procès (Admirez bien le conditionnel), et les bisbilles qui secouent actuellement sa formation politique : Le PS (Parti socialiste). Ce qui fait  qu’aujourd’hui, le très discret Maire est entre le marteau et l’enclume. Le marteau a déjà été brandi par le bureau politique du parti, dirigé par l’inamovible Ousmane Tanor Dieng. Ce dernier a tapé fort et a décidé de l’exclure du parti au même titre que ses acolytes dont les plus remarquables sont : le brave Bamba Fall, le bretteur Barthélémy Dias et la trépidante dame du Fouta, Me Aïssata Tall Sall. Pourtant, rien ne présageait une telle séparation entre les deux hommes qui étaient liés par une complicité aussi inoxydable que l’acier. Et l’enclume qui devrait lui servir de point d’appui, de support, pour prouver son innocence, n’est autre que son procès qui risque d’être un procès « vaudevillesque », « guignolesque » aux râlent politiques. Je ne m’érige pas en farouche défenseur de Khalifa Sall, car je suis un citoyen désabusé et imbu de valeurs républicaines de la moelle épinière jusqu’aux ongles, donc favorable à la reddition des comptes pour traquer, juger et condamner, s’il le faut, les fossoyeurs des deniers publics. Mais, à condition qu’elle soit équitable, juste et non sélective. Or, à y regarder de près, il faut être vraiment allergique à l’évidence pour ne pas reconnaitre que l’embastillement du maire, souffre de coloration politique, car les faits le montrent et les exemples foisonnent aussi. Passons-les en relief un par un.

-Le code électoral : Au Sénégal, la loi électorale offre à une personne détenue (pas encore définitivement jugée), mais investie sur une liste électorale, le droit d’avoir une liberté provisoire pour battre campagne. Pourtant, Khalifa Sall, investi tête de liste de la coalition Taxawu Dakar, lors des élections législatives de juillet 2017, l’avait demandée, mais le doyen des juges avait refusé catégoriquement. Première injustice !

La levée de son immunité parlementaire : L’article 61 de la Constitution stipule : « Qu’aucun député ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Cet article est limpide comme l’eau de roche, et devrait certainement conduire Khalifa Sall à bénéficier d’une liberté provisoire en attendant son jugement mais NON. L’Assemblée Nationale s’est précitée à installer une commission ad hoc, composée de parlementaires bien choisis et qui avaient pour mission de se pencher sur ce dossier. Les résultats n’ont surpris personne. L’immunité parlementaire de Khalifa a été levée et le maire est contraint de rester en prison. Incroyable ! Deuxième injustice !

Le refus du paiement de sa caution : Au début de son emprisonnement, il ne voulait pas payer sa caution, qui équivaut à la somme qu’il aurait détournée, de peur de déclarer ouvertement son aveu de culpabilité. Mais, quand toutes les portes de sortie sont fermées, il a décidé sur proposition de ses avocats et de ses proches de jouer son va-tout en acceptant de payer la modique somme de 1, 8 milliards de FCFA. Résultat : Le parquet a refusé, jugeant le dépôt de sa caution trop tardif. Troisième injustice !

La libération de ces co-inculpés : Khalifa Sall et son groupe ont été placés sous mandat de dépôt pour les mêmes chefs d’accusation (détournement de deniers publics, association de malfaiteurs). Mais le groupe des percepteurs en l’occurrence (Ibrahima Touré et Mamadou Oumar Bocoum ont été libérés et Khalifa, lui, maintenu en prison). Quatrième injustice !

Pis, dans les fameux rapports de l’OFNAC (Office National de lutte contre la Fraude et la Corruption) et de l’Inspection Générale d’Etat (IGE), qui a épinglé Khalifa, on y trouve d’autres hommes politiques, administrateurs et gestionnaires cités dans des affaires de détournement de deniers publics. C’est les cas du directeur du Coud (Centre des Œuvres Universitaires de Dakar), Cheikh Oumar Hanne, du frère du président Aliou Sall dans l’affaire Pétrotim, de madame Awa Ndiaye, Présidente de la Commission de protection des Données Personnelles (CDP). Pourtant, toutes ces personnes précitées, qui ont rejoint par la suite les lambris dorés du palais présidentiel, vadrouillent et pantouflent tranquillement et paisiblement dans le pays sans être inquiétées.

Cette cascade d’injustices et de violations de droits qu’a subies le Maire de Dakar, a diffusé des ondes de choc dans les quatre coins du globe. Ainsi, il apparait difficile pour la communauté internationale d’escamoter la question. En atteste, la sortie surprenante et inattendue de la mairesse de Paris, Mme Anne Hidalgo. Cette brune de 58 ans, au langage bien soigné, a dénoncé avec véhémence, l’emprisonnement de son collègue. Dans ce même registre, l’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, avait emboité le pas à Anne Hidalgo, pour fustiger avec la dernière énergie, la situation dans laquelle se trouve Khalifa. Face à cette valse de contestation, de dénonciation et d’indignation, la lettre fracassante d’Aliou Sall, petit frère et « bouclier humain » du Président, adressée à l’idylle de Paris, et rédigée dans un langage académique digne de celui de Jean d’Ormesson (Paix a son âme), a provoqué une bourrasque dans les locaux du somptueux et lumineux hôtel de ville de Paris, sis au 4? arrondissement de la plus belle capitale au monde. Au moment où, la communauté internationale s’indigne, ou la clameur publique monte, ou l’opinion publique gronde, le président Macky Sall, lui, adopte une posture intransigeante. Il semble imperturbable, ferme, rigide et dure comme les roches qu’il a étudiées à l’Institut des Sciences de la Terre de Dakar (IST). Juste pour dire, qu’en dépit de cette vague d’escarmouche, rien ne semble offrir à Khalifa Sall, une bouée de sauvetage, à part le maitre des cieux et de la terre : DIEU.

Impuissante face à cette injustice, la population sénégalaise s’engouffre dans un attentisme profond et le verbe « Attendre » est conjugué dans plusieurs discours avec une expression lapidaire : Attendons ! Attendons ! Attendons ! Mais, attendons quoi ? qui ? et jusqu’à quand ? Certes, 2019 (année de l’élection présidentielle), que vous attendez et que vous avez en ligne de mire pour voter en vue d’une autre alternance générationnelle, n’est pas loin, mais d’ici là beaucoup de changements s’imposent pour loger afin, l’appareil judiciaire dans le rayon de l’indépendance, de l’impartialité et de l’équité.

Le point d’orgue de ces violations de droits et des libertés individuelles montre royalement que la justice est le seul maillon faible de notre démocratie. Elle est instrumentalisée et utilisée principalement à des fins politiques. Animé par une soif inextricable d’un second mandat qui turlupine son sommeil, le président, s’appuie sur la justice et part à la bilbaude, à la traque, de ses potentiels et futurs adversaires : électoralement pesants et intellectuellement encombrants. Ah que de tactiques ! Que de roublardises ! Mais cette stratégie n’est pas toujours payante car, même si, elle pourrait lui ouvrir grandement le boulevard de 2019, elle pourrait, en contrepartie, entrouvrir et baliser le terrain à d’autres adversaires politiques insoupçonnés. C’est ce qu’on appelle :« la politique de la chaise vide ». Attention !

Toutefois, les signes avant-coureurs, d’une démocratie en lambeau, en rabais, sont manifestement présents et inéluctablement vécus par les populations. On risque de revivre le syndrome Karim Wade car :« Chat échaudé craint l’eau froide ». C’est l’apogée d’une gouvernance scabreuse, hideuse et brumeuse, que le maire de Dakar n’a pas manqué de dénoncer avec force dans ses vœux de fin d’année, depuis la prison de Rebeuss : « Je souhaite que 2018 soit l’année ou s’accomplira la prise de conscience collective, de l’exacte mesure du désastre provoqué par la mal gouvernance du pouvoir en place ». Tristes vœux d’impuissance ou politique de victimisation ? En tout cas, nous lui souhaitons de recouvrer le plutôt possible la liberté.

PS : La démocratie est une affaire de gentlemen, on parle d’agreement gentleman. L’acte de traquer et de condamner injustement de potentiels adversaires politiques est moche. En France, Patrick Balkany, est cité dans des anomalies “fantasmagoriques », liées notamment à sa gestion nébuleuse à la mairie de Levallois-Perret. Il a été mis en examen sans être arrêté. François Fillon, ancien premier ministre, est mis en examen dans la terrible affaire des employés fictifs à l’Assemblée Nationale, sans être alpagué. Toujours dans l’hexagone, Nicolas Sarkozy, ancien président de la république, est constamment cité dans des affaires de corruptions, de trafic d’influence, allant de l’affaire Bygmalion, à l’affaire Bettencourt en passant par le supposé meurtre de Kadafi. Pourtant, il est toujours mis en examen mais sans être embastillé.  

 

 

 

 L'auteur  Mandela Ndiaye TOURE
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Mandela Ndiaye TOURE
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